Des cougars et des hommes

Un bien triste trophée pour ces chasseurs du sud de la Colombie-Britannique.

Comme vous le savez, j’habite l’Île de Vancouver et j’ai découvert tout récemment que c’est ici que l’on retrouve la plus forte concentration de cougars au monde. Apparu en Amérique il y a 500 000 ans, il est présent aujourd’hui de la Colombie-Britannique jusqu’en Patagonie, au sud de l’Argentine. Il a disparu de l’Est du continent, ayant été chassé jusqu’à l’extinction pendant près de deux siècles pour sa fourrure, mais quelques rares spécimens ont semble-t-il été observés au Québec, notamment, dans les régions de la Gaspésie et du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Bien qu’il soit protégé dans certaines régions du globe comme au Brésil, en Bolivie, au Nicaragua et dans le nord de l’Argentine, il ne l’est pas du tout en Colombie-Britannique, en Alberta et dans 13 des 16 États américains où il arrive encore à survivre. En Amérique du Nord, il représente un trophée très prisé pour les locaux et les touristes, qui le chassent pour le « sport », et les autorités le tuent sans hésiter lorsque certains d’entre eux semblent constituer une menace.

Comprenons ici qu’il est un animal puissant et un chasseur redoutable, mais que tous (ou presque) le craignent, à mon avis, déraisonnablement. Un peu comme le requin, grand prédateur des mers appréhendé de la plupart, le cougar représente l’ennemi à abattre. Un cougar de moins qui se cache sournoisement dans nos forêts et nos montagnes, cela signifie respirer plus librement pour nombre d’entre nous.

Ce qu’on raconte

Étant adepte de plein air et principalement de marche en montagne, j’en ai entendu de toutes sortes au sujet du cougar. Tous ont peur de s’aventurer seuls, et quelques-uns ont à portée de main un couteau de chasse, « au cas où ». La pensée qu’un cougar affamé pourrait bondir sur nous sans crier gare est donc bien présente. Mais si l’on ne vérifie pas tout ce que l’on entend ou que l’on lit dans les journaux et sur le Web, l’on finit par croire que des attaques surviennent chaque semaine, et que l’on ferait mieux de rester chez soi, confortablement à l’abri de la vie sauvage.

Les faits

Le cougar, grand chasseur solitaire, s’attaque effectivement davantage aux personnes isolées, et surtout aux enfants, car ils représentent des proies de choix, par leur petite taille et leur vulnérabilité évidente. Cependant, la réalité n’est pas si effrayante qu’elle en a l’air : 29 attaques sont survenues en Colombie-Britannique au courant des 100 dernières années (dont 20 sur l’Île de Vancouver), et 5 seulement se sont avérées mortelles (ce qui fait donc une mort tous les 20 ans, et une chance sur 300 millions d’être victime d’une attaque). Bien entendu, puisque nous envahissons de plus en plus son territoire, les rencontres se font plus fréquentes. Mais est-ce que de tuer un nombre toujours croissant de cougars diminuera vraiment le risque d’attaques? Selon des recherches du Washington State University Carnivore Conservation Laboratory, il semblerait que non. Toutefois, les autorités compétentes en matière de faune et d’environnement ne s’intéressent que très peu aux conclusions des scientifiques.

En réponse au Cougar Management Plan de l’État de l’Oregon, adopté en 2006 par le gouvernement et prévoyant d’éliminer une partie de la population des cougars afin de laisser le champ libre aux chasseurs de wapitis et de cerfs ainsi qu’aux éleveurs et cultivateurs de la région, le Dr. Robert Wielgus, directeur du laboratoire au Washington State University, s’exprime très clairement :

The authors (of the Oregon Cougar Management Plan) should consult with reputable wildlife scientists and statisticians to obtain a reliable experimental design, analysis, and report. We recommend they consult with Scientists at Oregon State University, University of Oregon, or another research university to design a scientifically credible study.

Malheureusement, l’État de l’Oregon a mis son plan en action, se contentant de présumer que tuer le plus de cougars possible n’allait qu’être bénéfique pour la population, alors qu’il en est tout autrement.

Research studies in Washington have shown that increased cougar removal/killing actually exacerbates risk to the public by creating an unnatural number of juvenile cougars in the population. Juveniles have been shown to be the age class most frequently involved in conflicts with people.*

Et qu’en est-il en Colombie-Britannique, où l’attention est tournée exclusivement vers les attaques de cougar et les histoires sensationnalistes?

Trophy hunting and habitat loss are putting B.C.’s cougar population at risk and provincial policies do not adequately protect the big cats, says a new report by three scientists from the Raincoast Conservation Foundation. (…) Provincial figures show an average of 257 cougars are killed each year by hunters and an average of 50 a year are killed because of conflict with humans. Trends indicate cougar populations are declining and Vancouver Island, where there was previously one of the more dense cougar populations in the province, is now assumed to have dipped from an estimate of 1,200 in 1979 to between 300 and 400 in 2001, according to unpublished provincial figures. – Judith Lavoie, Times Colonist

Nous devons donc impérativement le protéger, en éduquant d’abord la population et en poursuivant les recherches. Mais il apparaît clair que les intérêts de la province soient tournés vers le lobbyisme des groupes de chasseurs ainsi que la sécurité publique, au détriment de ce magnifique et intrigant animal que l’on surnomme le « lion des montagnes ».

Moi qui croyais que les gens de la Côte Ouest vivaient en harmonie avec la vie sauvage et possédaient une connaissance accrue de leur environnement, eh bien force m’est d’admettre que je me suis trompée sur toute la ligne.

***

*Accédez à l’article complet Top Cougar Biologist Weighs in on Oregon’s Cougar Management Plan en cliquant ici.

Si vous êtes curieux d’en apprendre davantage sur le cougar, je vous conseille cet excellent documentaire, Le puma, chasseur invisible des Andes. Vous découvrirez qu’il est un animal majestueux méritant notre respect, et que notre peur de ce grand félin est, plus souvent qu’autrement, non fondée.

cougar

2 réflexions sur “Des cougars et des hommes

    • Car la peur dicte la raison, et c’est combien malheureux pour la survie des animaux et de notre planète. Le gouvernement s’enrichit aussi beaucoup avec les lobbyistes du tourisme et de la chasse. Les pires atrocités ne sont qu’une histoire de gros sous, la plupart du temps. Sables bitumineux, commerce d’ailerons de requins, commerce de la crevette et du saumon d’élevage, etc.

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