S’approprier le héros des autres

Généreux de son temps avec les fans, Guy était reconnu pour ne jamais refuser de signer des autographes. Ce fut une grande et belle histoire d’amour entre le célèbre numéro 10 et le public québécois.

Guy Lafleur est décédé vendredi dernier, le 22 avril.

Ça fait mal. Un chagrin qui vous empoigne la gorge et vous lacère le coeur. Tant de beauté dans cette seule personne, qui disparait d’un seul coup, comme on souffle la magie des bougies de fête et rallume une lumière trop forte qui vous dévisage.

Dans un article anglophone, un journaliste a affirmé que Guy n’appartient pas au peuple Québécois. Quel culot, quelle méchanceté! C’est aussi laid que d’affirmer qu’Edith Piaf n’appartient pas à la France! Que savons-nous de leur sentiment de perte innommable lorsqu’une des leurs, d’origine plus que modeste, rendit son dernier souffle après une courte vie de tragédies et de performances dignes d’un autre monde? Que savons-nous de leur attachement familier à sa voix de cathédrale, de leur amour profond pour cette petite femme vibrante? Nous n’en savons rien! La tristesse et le deuil vécus de l’intérieur ne peuvent être compris que de l’intérieur.

Au Québec, nous perdons plus qu’un joueur de hockey électrisant. Nous perdons un frère dont l’authenticité, la gentillesse, l’intégrité et la force de caractère ont contribué à faire de nous ce que nous sommes.

Je conviens que l’organisation du Canadien ne l’a pas traité justement, mais au-delà des Savard et Lemaire qui l’ont malmené, c’est bien cette équipe de légendes dont rêvait Guy depuis l’enfance, jusqu’à dire à son épouse à plus d’une reprise que le Canadien était toute sa vie, avant sa famille, avant tout le reste. C’est cette même équipe de légendes que son père voyait dans sa soupe, ayant sans le moindre doute nourri les jeunes ambitions de Guy. Ce dernier rêvait non seulement de porter le chandail du Tricolore, mais d’y finir aussi sa carrière, ce qui fort tristement et injustement ne sembla plus possible avec les vieux cons de Savard et Lemaire dans le portrait. Mais ces deux cons n’amoindrirent pas le désir de Guy Lafleur d’y fleurir. Les Canadiens de Montréal, c’était avant tout Maurice Richard, Jacques Plante, Jean Béliveau, Yvan Cournoyer, Henri Richard, Boom Boom Geoffrion, une organisation sacrée, la Sainte-Flanelle, les Glorieux, qui avait tant fait vibrer le Québec de l’époque. Voilà ce que Guy avait de tatoué sur le coeur comme personne. Et de dire qu’il n’appartient pas aux Québécois est cruel et mensonger!

Nous partagions un passé, une langue, une culture, des rêves de Coupes Stanley avec Guy Lafleur et nul ne peut nous déposséder de ce trésor inestimable.

Alors, journaliste anglophone, pour terminer je vous adresserai ces paroles que Guy Lafleur lui-même a servies à Jacques Lemaire : « Veux-tu ben aller chier toé crisse. »

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