Au pays de l’incohérence

SALGADO_Genesis

Extrait du livre photographique Genesis de Sebastião Salgado

Il fut un temps où j’aimais m’asseoir devant un documentaire. Mais il semble aujourd’hui que même ces films à but didactique témoignent de nos contradictions les plus profondes. Et cela m’exaspère furieusement.

Parfait exemple d’incohérence

Le documentaire The Salt of the Earth (Le sel de la Terre, disponible en location sur le site de l’ONF) dresse un portrait sensible du photographe brésilien Sebastião Salgado en le suivant durant son ambitieux projet Genesis, dont l’objectif était de découvrir des peuplades reculées inconnues du monde moderne. Nominé aux Oscars, couronné du César du meilleur film documentaire et acclamé par la critique, le film propose un très beau voyage au coeur d’une humanité à la fois bouleversante, captivante et horrifiante.

 

Mais voilà. Je ne saisis aucunement pourquoi on choisit délibérément de censurer un documentaire de ce gabarit. Pourquoi masquer à l’écran les fesses, le pénis et les seins des membres d’une tribu, alors que les photos superbes et fort éloquentes de Salgado exposent la réalité telle qu’elle est, fidèlement et dans un respect empreint d’admiration pour l’humain? Pour « éviter soigneusement tout ce qui pourrait fâcher », vraiment? Nous en sommes donc là, à vouloir couvrir et soustraire au regard ce qui nous assemble, ce qui fait de nous des êtres semblables ni tout à fait primitifs, ni tout à fait civilisés?

Je trouve dangereux que l’on tente, avec succès, de faire disparaître ce qui nous rappelle notre humanité. Ce qui nous ramène, par la force des choses, à des rapports égalitaires en faisant tomber les préjugés et en rendant l’inconnu un peu moins effrayant. Je trouve alarmant que l’on s’en prenne à cette zone protégée, voire sacrée et qu’il ne reste plus devant nos yeux que des films de princesses et de la porno. Nous serons bientôt condamnés à nous asseoir devant des documentaires animaliers pour avoir l’heure juste et observer la vie dans sa plus simple expression. Car la culpabilité bienséante qui assaille le commun des mortels lorsqu’il entrevoit une nudité sans nom ni maquillage aura raison de notre entendement.

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