Everest le film : une tragédie poussée jusqu’à la caricature

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Tout d’abord, je tiens à mentionner que je n’ai pas vu le film, sorti en salle vendredi dernier au Canada et aux États-Unis. Pour quelles raisons, moi qui suis fascinée par l’Everest et les plus hauts sommets? C’est ce que je m’apprête à vous expliquer ici. En long, en large et en altitude.

Les catastrophes sont les fêtes des pauvres

De tout temps, je le crains, le tragique s’est particulièrement bien vendu et la tragédie du 10 mai 1996 à l’Everest, qui coûta la vie à 8 alpinistes, ne fait certes pas exception. Nombre de gens se sont graissé la patte sur le dos de cette catastrophe et je remets très ouvertement en doute leur intégrité.

Bien que Baltasar Kormákur, réalisateur du film (qui retrace, vous l’aurez compris, les événements du 10 mai 1996) ait souhaité capturer des images d’un grand réalisme en tournant plusieurs scènes au camp de base de l’Everest (situé à 5 364 mètres d’altitude!), il semble délibérément s’être éloigné du récit original au profit du sensationnel et du rentable.

Avant d’aller plus loin, je vous invite à visionner la bande-annonce du film :

 

Ayant dévoré tous les documentaires racontant ladite tragédie, je suis vite devenue familière avec les événements et force m’est d’admettre que je demeure de glace devant les images de la bande-annonce, où l’on se surprend presque à ne pas voir intervenir Superman au coeur de la tempête tant l’on semble avoir débordé des faits pour nourrir le spectateur en émotions fortes.

Dans ma grande naïveté, je croyais qu’une tempête meurtrière sur l’Everest suffirait à remplir les salles de cinéma. Qu’il n’y avait aucun besoin d’en rajouter avec les crevasses avaleuses d’hommes, les échelles vacillantes, les avalanches de glace et les chutes vertigineuses quasi-mortelles. Car rien de tout cela ne s’est véritablement produit, bien que sur l’Everest, le pire soit souvent au rendez-vous.

Rétablir les faits

Ce qui s’est réellement produit sur le mont Everest le 10 mai 1996 est plus près de l’erreur humaine que de la catastrophe nucléaire. Des groupes d’expédition formés d’alpinistes plus ou moins expérimentés ayant à leur tête les guides Scott Fisher, Rob Hall et Andy Harris y sont allés d’une ascension ultime vers le sommet. Faisant d’abord face à plusieurs contingences, puis atteignant le toit du monde tardivement et célébrant leur conquête de trop longues minutes, ils tombèrent nez à nez avec une violente tempête de neige sur le chemin du retour devant les mener au camp IV. Épuisés, en proie à l’hypothermie et aux engelures, ils durent passer la nuit dehors, le blizzard (des rafales de plus de 100 km/h) les aveuglant et les clouant sur place. Sept hommes et une femme périrent durant cette nuit fatidique : les guides Scott Fisher, Rob Hall et Andy Harris, le postier Doug Hansen, la femme d’affaire et alpiniste japonaise Yasuko Namba ainsi que les indiens Tsewang Samanla, Dorje Morup et Tsewang Paljor. Plusieurs revinrent vivants mais sérieusement amochés, dont le pathologiste Beck Weathers et l’alpiniste taïwanais Makalu Ming-Ho Gau, qui durent tous deux être amputés du nez, des doigts et des orteils en raison d’engelures graves.

Non, l’histoire réelle n’avait pas besoin de dentelles.

***

Si les faits vous intéressent davantage qu’un film d’action à saveur hollywoodienne, je vous conseille l’excellent documentaire du cinéaste et alpiniste américain David Breashears, Storm over Everest, qui raconte les événements du 10 mai 1996 aussi fidèlement que possible.

12 réflexions sur “Everest le film : une tragédie poussée jusqu’à la caricature

    • Soupir combien partagé! Je maintiens que si la vie telle qu’elle est intéressait vraiment les gens, il y aurait beaucoup plus de documentaires et beaucoup moins de films romancés et disproportionnés tirés de « faits vécus ». Bravo tout de même au film Polytechnique, qui à mon sens se situe dans une classe à part de par sa grande sobriété.

      • Celà dit, c’est très vrai ce que tu dis. Ça touche à une forme d’éthique scénaristique doublée par les avares de la mise en marché. Il y a tant d’histoires vécue (« réellement » vraies, puissent-elles être plus minimalistes, disons) méritant d’être partagées…. Ah! Ce déficit d’attention… Il y a pourtant des cinéastes qui, à l’inverse, empruntent le chemin de l’intériorité (Wenders,Malick,Yann Arthus Bertrand,disons) et, ce faisant racontent la part d’âme de nos vies qui se connecte à celle des éléments, de nos soeurs et nos frères, de toute la vie de la terre. Comme quoi tout est connecté. Le public non averti peut s’y perdre… ou s’y retrouver enfin, c’est selon. Pourtant, les chemins clichés y sont évités, dans plusieurs cas. Plus d’efforts/plus de laisser-aller? Nous cherchons tant à trouver le sens des choses dans tout qu’on oublie quelques fois d’imaginer qu’il puisse venir à nous presque sans le forcer. C’est chouette quand le cinéma le sait et nous guide à peine. Confiance, spectatrices et spectateurs! Laissez tomber vos tentations d’expectatives! 😉

      • Oui, t’as mis le doigt sur quelque chose d’essentiel : le laisser-aller. Je crois que la popularité des films prévisibles où tout est grossi 300 fois au microscope témoigne du fait que les gens refusent de s’abandonner aux choses moins connues et à la subtilité. Le spectateur moyen refuse d’être déstabilisé dans ses petites croyances quotidiennes et son déficit d’attention (autre excellent point) demande, que dis-je, exige! qu’on le cramponne à son siège en le gavant de suspense, sans quoi son intérêt s’étiole et il quitte la salle, frustré que ses attentes aient été aussi mal nourries. C’est de la consommation pure et simple, au détriment de l’expérience cinématographique et artistique. On souhaite que son 12 $ investi rapporte gros, et vite. Je me souviens d’ailleurs d’un superbe film (La graine et le mulet) au rythme pour le moins différent, où les rares spectateurs quittaient la salle un à un à demi endormis après seulement 30 minutes… c’est d’une tristesse sans nom pour tous ceux qui ont réellement quelque chose à dire et à transmettre.

      • Ça me fait penser à cette phrase entendue ça et là: Comment se porte la société? Bah! Regardez ses artistes et vous aurez la réponse..
        Les cinéastes qui sont encore artistes touchent à notre part d’éternité. Les autres.. Notre part d’éternuement. 😉

      • C’est bien mon point justement : qui souhaitons-nous encourager lorsque nous mettons les pieds dans un cinéma? Moi, j’encourage celui ou celle qui a su voir au-delà de la masse des choses étonnantes et vraies.

      • Bel exercice paradoxal, tout de même, que d’agrandir l’invisible sur grand écran.. Mais est-ce que l’écran ne deviendrait-il pas souvent la fameuse caverne de Platon? Hmm…

      • Oufff… heille c’est rendu loin là mes cours de philo. Tu veux dire par là que l’on se plaît et se satisfait à regarder notre ombre, par simple habitude, et que notre regard peine à s’élever vers le monde des idées et de la connaissance? Considérant que je me tienne à la sortie d’un cinéma et que je dise à tous ceux qui viennent de visionner le film Everest ce qui s’est réellement passé, et qu’on me croira folle, oui, ça a effectivement du sens.

      • Ah! Oui, ou en d’autres mots.. On aime (se) donner des émotions sans savoir qu’on n’est pas vraiment dans un axe de vérité. C’est avec soi-même ou un studio/réalisateur avec un public.. (pour revenir au sujet lui-même… )

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