Les ailes de Johnny May : le destin fragile du peuple inuit

Johnny May, premier aviateur inuit du Nunavik

Johnny May, premier aviateur inuit du Nunavik

L’on ressasse sans arrêt le même refrain au sujet du réchauffement climatique. Les experts et alarmistes en tout genre prédisent une élévation du niveau de la mer et des inondations catastrophiques; des sécheresses dévastatrices provoquées par de fortes chaleurs; les migrations massives des populations ainsi que l’extinction possible de l’ours polaire (pour ne nommer que cette espèce), triste symbole de notre monde en changement.

L’on omet cependant toujours de mentionner les victimes directes de la fonte des glaces : les habitants de la banquise eux-mêmes, les Inuits. Heureusement, le documentaire Les ailes de Johnny May (Marc Fafard, 2013) nous remet, avec sobriété et justesse, les yeux en face des trous.

L’histoire de Johnny May

S’il n’avait pas accumulé plus de 34 000 heures de vol depuis le moment où, à seize ans, il a pris les commandes d’un avion pour la première fois, et qu’il n’était pas venu en aide à sa communauté à d’aussi nombreuses occasions, le pilote de brousse Johnny May serait un Inuit comme les autres. Il est non seulement le premier Inuit à exercer cette profession risquée, fortement soumise aux aléas de la nature, mais il surpasse de plus de la moitié les 15 000 heures de vol comptabilisées en moyenne au courant d’une carrière de pilote.

Afin de secourir des gens perdus dans la toundra arctique ou de transporter des malades à l’hôpital, Johnny May passe d’interminables heures à survoler le Grand Nord québécois. Louisa May, sa femme, raconte d’ailleurs, avec une amertume mêlée de tristesse, qu’il est arrivé quatre heures en retard à leur cérémonie de mariage, car il devait assurer le transport entre deux villages. Sa carrière exceptionnelle, il l’a donc menée au prix de négliger sa vie personnelle. Mais l’on comprend que c’est davantage par dévouement pour son peuple que par simple passion qu’il accepte de travailler sans relâche, souvent jusqu’à l’épuisement.

Les premiers réfugiés climatiques de l’Arctique

C’est aussi par amour pour les siens que Johnny May s’inquiète du réchauffement de la planète, cette « deuxième fin du monde » à laquelle il assiste, impuissant, depuis des décennies.

Notre région est beaucoup moins froide. Nos hivers sont plus courts et nos étés, plus longs. (…) Quand nos enfants étaient petits, l’automne arrivait à un certain moment, mais cette année, l’automne est arrivé un mois plus tard. Même la pousse des plantes saisonnières change. Il y a une plante en particulier qui nous a toujours indiqué le temps de la pêche au saumon. Cette plante arrivait à la fin juillet ou au début d’août et nous savions que les saumons revenaient de l’océan. Aujourd’hui, cette plante pousse au mois de juin et c’est vraiment longtemps avant que ce ne soit le temps de la pêche au saumon.

Le réchauffement de la planète affecte aussi l’aviation. La glace sur les lacs s’amincit beaucoup plus rapidement au printemps et elle prend plus de temps à épaissir à l’automne. C’est la même chose pour les rivières. Cela a beaucoup changé. Le réchauffement est très visible. Le pergélisol fond. Nous pouvons voir des avalanches sur les versants des collines qui bordent les rivières. Ce n’est pas normal. – Johnny May

La fonte du pergélisol (connu également sous le terme anglais permafrost), ce sous-sol arctique gelé depuis des milliers d’années, apporte avec elle son lot de conséquences imprévisibles. Notamment responsable de glissements de terrain et, par conséquent, d’une fragilisation inquiétante des habitations, ce dégel oblige parfois une réfrigération du sol se trouvant sous certains bâtiments, afin de « les garder droits en été », explique-t-on. À l’extrême nord du Nunavik, dans le village de Salluit, une rue entière a dû être déplacée en raison d’un glissement de terrain. L’on craint que cela se reproduise et l’on pense même déménager le village entier, qui compte plus de 1 300 habitants! Ces derniers deviendraient ainsi, bien malgré eux, « les premiers réfugiés climatiques de l’Arctique ».

Pointe Noire 40 ans plus tard

À gauche, le campement de Pointe Noire (Nunavik) en juillet 1973. À droite, le même campement 40 ans plus tard, en juillet 2013.

Les Inuits : grands oubliés de la question climatique

Aux lalitudes nordiques, les changements climatiques se produisent en mode accéléré. L’Arctique est ainsi l’océan le plus touché par la fonte de la calotte glacière. À Pointe Noire, Johnny May voit chaque été depuis dix ans des ours polaires en manque de glace, affamés et à bout de force. Mais la métamorphose profonde du territoire nordique n’impacte pas que l’ours blanc. Comme lui, le chasseur, son seul prédateur, est en voie de disparition.

Déjà, les activités de chasse et de pêche sont compromises par la fonte de la banquise et les changements observés dans la migration des troupeaux de caribous. Cela entraîne des changements radicaux des modes de vie traditionnels et des habitudes alimentaires des Inuits, qui dépendent de plus en plus de la nourriture importée du Sud. – Equiterre

En fondant, la banquise arctique entraîne avec elle une partie de l’âme inuite. Des traditions ancestrales se perdent à jamais et les nouvelles générations, privées de ces précieux repères, sont vouées à un avenir incertain. Au Sud, alors que nous ne ressentons pas encore les effets des dérèglements climatiques, nous faisons peu de cas des transformations majeures auxquelles sont confrontés les habitants du Grand Nord. Pourtant, cette indifférence généralisée décidera de notre sort. Car nous sommes tous et toutes habitants de la même banquise menacée.

***

La population inuite du Nunavik s’élève à 12 000 habitants, répartis dans 14 villages. Ils occupent l’Arctique québécois depuis plus de 3 000 ans.

Inuit signifie « humain » en inuktitut.

Pour visionner le film Les ailes de Johnny May dans son intégralité, rendez-vous sur le site de l’Office national du film du Canada en cliquant ici.

9 réflexions sur “Les ailes de Johnny May : le destin fragile du peuple inuit

    • Je ne crois pas qu’une photo de famille sortie de l’album d’un Inuit qui ne connaît probablement même pas Photoshop ait quoi que ce soit de potentiellement dangereux pour l’intégrité de l’âme humaine. 😉

      • Non, je met cette observation dans le contexte où la question climatique est utilitarisée par les globalistes pour l’Agenda 21. Tant d’items et de données sont utilisées et manipulées pour nous faire accepter ce qui est mis en place (comme les deux ou trois climategate).. Il y a anguille sous-roche. Voir le financement de Soros pour que Gore face une campagne aggresive sur le climat. Voir la non-fiabilités des modèles de l’IPCC dans les 20 dernières années. Voir en complément la modication de données climatiques pour une meilleure cohérence avec le discours mis en place (>>climategate). Voir l’Agenda 21 de l’ONU proposé par le socialiste Maurice Strong pour la refonte sociétale complète avec la pensée verte en carotte au bout du bâton. L’histoire de la géoingénierie et son utilisation par le complexe militaro-industrielle depuis 60 ans.. Tant de choses méritent une remise en question. Qui parle du prochain grand minimum solaire qui débute en ce moment, à part ceux qui s’intéressent à ce qui se passe vraiment? Pas les médias, parce que ça contrecarrerait la stratégie de manipulation de l’opinion publique, tout simplement.. Si ça se refroidira dans les prochaines années, on ne pourra que souhaiter que ça se réchauffe pour compenser, donc ils ne pourront plus instaurer de taxation carbone, entre autres.. On veut tous une planète qui puisse nous soutenir, mais on veut pouvoir l’habiter où l’on souhaite et pouvoir être indépendant au max.. Ça deviendrait impensable selon l’agenda 21, dans ses objectifs à long terme.. Hélala.

      • Oh je savais où tu t’en allais, t’inquiète. Je n’ai pas rédigé ce texte pour convaincre les conspirationnistes. Parce que les conspirations ont leur limite. Qu’est-ce qu’un Inuit de 65 ans a à gagner à témoigner que sa banquise fond et que le paysage de son enfance se transforme? S’il y avait conspiration derrière ce gentil et très modeste documentaire, il y aurait du budget, de la pub, on le mettrait à l’avant-plan. Les ailes de Johnny May? Personne n’en a entendu parler! Si le propos est influencé par les gros joueurs du monde? Peut-être. Mais j’accorde tout de même ma confiance à l’Inuit qui me raconte que sous ses bottines, la banquise fond. Si la planète se refroidira ensuite? Peut-être, qu’est-ce que j’en sais! Personne ne le sait. Mais craindre le pire est dans la nature humaine. Qu’on ait quelque chose à y gagner ou pas.

      • Encore là, faut juste relier les points. Pas de « théorie de conspirations » ici! Ceci dit, je ne remets nullement en question le vécu, ni même le témoignage du personnage. Je dis seulement qu’on associe facilement n’importe quoi avec le caractère anthropogénique des « changements climatiques » de la manière qui est conforme à la ligne « éditoriale » ambiante (même sans le savoir), alors que d’autres aspects sont à considérer! (cycles solaires/géoingénierie) Mais qui remet en question ce qu’on nous dit, pris par les émotions ? We are suckers for self-inflicted doom, it seems. Qui, dans les médias de masse, souligne que des changements sont aussi notés sur plusieurs autres planètes de notre système solaire? (Criquets…) Est-ce qu’on peut associer ça avec la pollution de l’homme? Pas vraiment, hein.
        La Conscience humaine est aussi en changement. C’est une phase critique pour l’avenir de notre civilisation, dans son organisation et ses processus décisionels. Heureusement, les masques de plusieurs tombent et les yeux des autres s’ouvrent de belles façons.. et ça, c’est gratuit, si ce n’est au prix de certaines relations personnelles qui n’ont pas survécu à l’écart de perception. Pas facile de vivre d’avoir vraiment les pieds sur Terre et de partager la grande loupe! 😉

      • Oh mais attention! Je ne dis pas que le réchauffement de la planète soit causé par la pollution. La planète se réchauffe. C’est un fait obesrvable et vérifiable. Le pourquoi du comment, je l’ignore et je n’essaie pas d’apporter de réponses ou de solutions. Je dis simplement que le mode de vie ancestral des Inuits est menacé. Je n’invite personne à les sauver. Mais parler des changements climatiques sans mentionner l’impact brutal de ces changements sur le présent et l’avenir des autochtones du Nord, c’est un grave manque de respect. C’est aussi une belle preuve d’ignorance. Mon texte a pour but de sensibiliser. C’est un appel à la compassion. Voilà. S’il n’est pour toi qu’un texte de plus sur un sujet saturé et controversé, je n’y peux rien.

      • Je suis solidaire avec tous les peuples du mondes. Je suis donc solidaire avec les inuits. Ce n’était pas une critique de ta publication, hein. J’élargissais le discours sur la question. Désolé si j’ai paru sans coeur.

    • Cette photographie est tirée directement de la photothèque de la famille May. Il y a eu manipulation pour la tridimensionnaliser. En cela, vous avez raison. Cependant, la photo non retouchée est identique et témoigne ainsi du même phénomène et de sa rapidité plus perceptible aux latitudes nordiques.

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