Avril et ses vents

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Autoportrait au rideau, Raymonde April (1991)

Je me souviens de la tempête. Elle étreignait ma douleur de toute part. Ma douleur, bue par les éléments qui recrachaient ma furie. Le ciel et les eaux devenus sonores dansaient autour de moi tels les membres survoltés d’une tribu indigène. Je me sentais entourée des miens. Protégée. Je me sentais chez moi. L’on célébrait ma naissance, car j’étais encore en vie. Le bruit courait sur ma peau, sur mes sens. Je disparaissais enfin au cœur de la tourmente. Je devenais ces grondements sourds des vagues qui combattaient le rivage. Je tourbillonnais, sifflais dans les fenêtres, soufflais du nord, criais ma rage par tous les pores de la terre.

J’étais encore en vie.

Je n’étais plus seule. Le froid qui fouettait mes joues pressait sa douleur contre la mienne. Le vent me gardait, serrée contre son chagrin. J’existais de nouveau. J’existais, dans tout ce qu’il y avait autour de moi.

La nature m’accueillait et livrait bataille. Pour moi. Pour que je reste.

Et j’ai enterré ma vie
là où la terre gèle
pour figer en moi l’envie
de mourir avec elle.

3 réflexions sur “Avril et ses vents

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